Marx et la critique de l’économie politique (I)

Contrairement aux prévisions qui en avaient annoncé l’oubli de manière définitive, durant les dernières années, Marx s’est présenté de nouveau sur la scène de l’histoire et, en de nombreux endroits du monde, sur les étals des libraires, on a vu revenir nombre de ses textes, en réimpression ou dans de nouvelles éditions. La redécouverte de Marx se fonde sur la capacité persistante qu’ont ses écrits d’expliquer le présent. En effet, face à une crise du capitalisme nouvelle et profonde, beaucoup reviennent interroger cet auteur trop souvent lié à tort par le passé à l’Union soviétique et, ensuite, trop hâtivement mis de côté après 1989.
Cet intérêt renouvelé, de caractère politique, avait été précédé par une reprise des études sur son œuvre. Après le déclin des années quatre-vingt et, à quelques exceptions près, après la « conjuration du silence » des années quatre-vingt-dix, depuis quelques années, les publications de et sur les écrits de Marx ont repris presque partout (en partie en Russie et en Europe de l’Est, où le voisinage temporel des désastres produits par le prétendu « socialisme réel » rend encore impensable un retour à Marx) et, dans bien des domaines où elles ont fleuri à nouveau, elles ont produit des résultats pertinents et novateurs.
Parmi ces dernières, dans un but de réinterprétation globale de l’oeuvre de Marx, la publication, commencée de nouveau en 1998, de la Marx-Engels-Gesamtausgabe (MEGA²), l’édition historique critique des oeuvres complètes de Marx et Engels , est particulièrement significative. Dans cette édition ont pu être donnés à l’impression les cahiers d’extraits de Marx et tous les manuscrits préparatoires des livres second et troisième du Capital. Les premiers qui comprennent parfois, outre les résumés des livres qu’il lisait, également les réflexions qu’il en tirait, constituent le terrain de sa théorie critique, montrent l’itinéraire complexe suivi durant le développement de sa pensée et révèlent les sources auxquelles il a puisé au cours de l’élaboration de ses conceptions. La publication de la totalité des manuscrits du Capital, ainsi que de toutes les ébauches rédactionelles d’Engels permettra une évaluation critique certaine par rapport à l’état des originaux laissés par Marx et concernant le statut des modifications apportées par Engels durant le travail éditorial pour l’impression des livres second et troisième du Capital. Ces textes, en effet, montrent efficacement le profil incomplet de l’opus magnum marxien et constitueront la base des futures études rigoureuses à ce sujet.
En mettant à profit les nouveaux matériaux offerts à la recherche, le présent travail se pose l’objectif de reconstruire toutes les étapes de la critique marxienne de l’économie politique à la lumière des acquis philologiques de la MEGA² et donc, de réaliser une étude sur la formation de la pensée de Marx d’une façon plus complète que par le passé. En effet, la grande majorité des chercheurs qui se sont occupés de ce thème n’ont pris en considération que certains stades de l’élaboration achevée par Marx, en sautant, souvent, des [Manuscrits économico-philosophiques de 1844] aux [Grundrisse] (1857-58) et de ces derniers au livre premier du Capital (1867) ; ou bien, dans le meilleur des cas, en examinant seulement deux autres textes : Misère de la philosophie (1847) et les [Théories sur la plus-value] (1862-63) .
L’étude de manuscrits précieux, qui comprennent d’intéressants résultats intermédiaires, est restée l’apanage d’un cercle restreint de chercheurs capables de lire les publications en langue allemande de la MEGA². Ainsi, dans le but de faire aussi connaître ces textes en dehors du milieu des spécialistes qui utilisent cette édition et la trouvent utile, à la lumière des nouveaux matériaux, et retourner au débat relatif à la genèse et au caractère inachevé de l’oeuvre marxienne , la présente étude se divise en trois parties. La première, qui correspond à l’article donné à l’impression, prend en compte les recherches d’économie politique de Marx et quelques développements théoriques accomplis par lui dans cette discipline, des premières études de 1843 à la publication de la Neue Rheinische Zeitung. Politisch-ökonomische Revue en 1850. Le second traitera la période comprise entre les recherches entreprises par Marx à la librairie du British Museum de Londres en 1850-53 et la rédaction des [Grundrisse] (1857-58), l’imposant manuscrit préparatoire de la brève œuvre de 1859 intitulée Critique de l’économie politique, généralement considérée comme la première ébauche du Capital. Tandis que le troisième et dernier article, qui sera lui aussi bientôt publié, étudiera la formation du Capital à travers ses différentes rédactions, des [Grundrisse] aux derniers manuscrits de 1882 réalisés par Marx avant sa mort.
Le présent essai est centré sur la reconstrution des études d’économie politique menées par Marx à Paris, Manchester et Bruxelles entre 1843 et 1847, qui culminent avec la publication du texte Misère de la philosophie (§ I et II). On y traitera, de plus, des vicissitudes politiques et personnelles de Marx durant les révolutions de 1848 et, suite à leur défaite, au temps de l’exil à Londres (§ III et IV). Durant cette période, il parla d’économie politique dans deux journaux qu’il a fondés et dirigés (de 1848 à 1849, le quotidien Neue Rheinische Zeitung. Organ der Demokratie [Nouvelle gazette rhénane. Organe de la démocratie] et en 1850, la revue Neue Rheinische Zeitung. Politisch-okonomische Revue [Nouvelle gazette rhénane. Revue d’économie politique]) et acquit la conviction qu’une nouvelle révolution n’aurait pu se développer qu’à la suite d’une crise économique mondiale.

LA RENCONTRE AVEC L’ÉCONOMIE POLITIQUE
L’économie politique ne fut pas la première passion intellectuelle de Karl Marx. La rencontre avec cette matière qui, au temps de sa jeunesse, n’en était qu’à ses premiers pas en Allemagne, n’arriva, en effet, qu’après qu̓il eut avec d’autres disciplines.
Né à Trèves en 1818 dans une famille d’origine juive, à partir de 1835, Marx étudia d’abord le droit à l’université de Bonn puis de Berlin, pour détourner ensuite son intérêt vers la philosophie, en particulier celle de Hegel alors dominante, et devenir diplômé de l’université d’iéna, en 1841, avec une thèse sur la Différence de la philosophie de la nature chez Démocrite et chez Épicure. À la fin de ses études, Marx aurait voulu entreprendre une carrière universitaire, mais, puisque après l’avénement de Frédéric-Guillaume IV, la philosophie hégélienne ne jouissait plus de la faveur du gouvernement prussien, il dut, vu qu’il avait adhéré au mouvement des Jeunes hégéliens, changer ses projets. Entre 1842 et 1843, il se consacra au journalisme et collabora au quotidien de Cologne la Rheinische Zeitung, dont il devint rapidement le très jeune rédacteur en chef. Néanmoins, peu de temps après le début de sa direction et la publication de certains de ses articles dans lesquels il avait commencé, bien que seulement d’un point de vue juridique et politique, à s’occuper de questions économiques , la censure frappa le journal et Marx décida d’interrompre cette expérience « pour quitter la scène publique et me retirer dans le cabinet d’études » . Il se consacra donc aux études sur l’État et les relations juridiques, dans lesquelles Hegel faisait autorité, et dans un manuscrit de 1843, publié de manière posthume avec le titre [Critique de la philosophie hégélienne du droit], en ayant acquis la conviction que la société civile était la base réelle de l’État politique, il développa les toutes premières formulations à propos de la pertinence du facteur économique dans l’ensemble des rapports sociaux.
Marx ne commença son « étude critique consciencieuse de l’économie politique » qu’après son départ pour Paris où, en 1844, il fonda et codirigea la revue Deutsch-französische Jahrbücher . À partir de ce moment, ses enquêtes, jusqu̓alors de caractère principalement philosophique, historique et politique, se tourneront vers cette nouvelle discipline qui creusera le sillon de ses recherches futures. À Paris, Marx entame une grande série de lectures et en tira neuf cahiers d’extraits et de notes . Jusqu’à la période universitaire, en effet, il avait pris l’habitude, maintenue ensuite sa vie durant, de compiler des résumés des oeuvres qu’il lisait, en les intercalant, souvent, avec les réflexions qu’elles lui suggéraient.
Les [Cahiers de Paris] sont particulièrement intéressants parce que, parmi les livres les plus résumés, figurent le Traité d’économie politique de Jean-Baptiste Say et La Richesse des nations d’Adam Smith , textes dont Marx tira les notions premières d’économie, de même que les Principes d’économie politique de David Ricardo et les Éléments d’économie politique de James Mill , qui lui donnèrent la possibilité de développer ses premières analyses des concepts de valeur et prix et de la critique de l’argent comme domination de la chose aliénée sur l’homme.
Parallèlement à ces études, Marx rédigea trois autres cahiers, publiés après sa mort sous le titre [Manuscrits économico-philosophiques de 1844], dans lesquels il accorda une attention particulière au concept de travail aliené (entäusserte Arbeit). À la différence des principaux économistes et de Georg W. F. Hegel, le phénomène par lequel l’objet produit par l’ouvrier s’oppose à lui-même « comme un être étranger, comme une puissance indépendante du producteur » , est considéré par Marx non comme une condition naturelle et, donc, immuable, mais comme la caractéristique d’une structure déterminée de rapports productifs et sociaux : la société bourgeoise moderne et le travail salarié.
On peut également voir l’intense travail mené par Marx durant cette période dans les témoignages de ceux qui l’ont fréquenté à l’époque. En se référant à la fin de 1844, le journaliste radical Heinrich Bürgers soutient que : « Marx avait commencé jusqu’à présent des recherches approfondies dans le domaine de l’économie politique et caressait le projet d’écrire une œuvre critique capable de former une nouvelle constitution de la science économique » . Friedrich Engels également, qui avait connu Marx à l’été 1844 et s’était lié d’amitié avec lui, dans un rapport d’alliance théorique et politique destiné à durer pour le reste de leur vie, dans l’espoir qu’une époque de bouleversements sociaux était à l’horizon, l̓exhorta, dès la première lettre de cette correspondance qui durera quarante ans, à mener vite son œuvre à bien : « Fais en sorte de répandre bientôt un peu partout les matériaux que tu as amassés. Il est diantrement grand temps. » Néanmoins, la conscience de l’insuffisance de ses connaissances empêcha Marx de compléter et de publier ses manuscrits. De plus, à l’automne 1844, il se consacra, avec Engels à la rédaction de La Sainte Famille. Critique de la Critique critique contre Bruno Bauer et consorts, un écrit polémique, publié en 1845, contre Bauer et d’autres représentants de la gauche hégélienne, mouvement dont Marx avait pris ses distances dès 1842, car il pensait que ses membres ne se consacraient qu’à de stériles batailles de concepts et s’enfermaient dans l’isolement spéculatif.
Après ce travail, au début de 1845, Engels revint vers son ami en l’invitant à terminer l’écrit en préparation : « Arrange-toi pour achever ton livre d’économie politique, même si bien des pages ne devaient pas te satisfaire, peu importe : les esprits sont mûrs et nous devons battre le fer tant qu’il est chaud. […] Mais il est grand temps ! Aussi tâche d’en terminer d’ici avril, fais comme moi, fixe-toi une date à laquelle tu veux effectivement avoir terminé et veille à le faire imprimer rapidement. »
Mais ces sollicitations ne suffiront pas. Sa connaissance encore insuffisante de l’économie politique conduisit Marx à poursuivre ses études, même à tenter de donner une forme achevée à ses ébauches. Poussé par la conviction de pouvoir publier son écrit rapidement, en février 1845, après que lui fut intimé l’ordre d’abandonner la France à cause de sa collaboration au bimensuel ouvrier de langue allemande Vorwärts!, il signa un contrat avec l’éditeur de Darmstadt Karl Wilhelm Leske, pour la publication d’une œuvre en deux volumes devant s’intituler « Critique de la politique et de l’économie politique » .

LA SULTE DES ÉTUDES D’ÉCONOMIE
À partir de février 1845, Marx se rendit à Bruxelles où il lui fut permis de résider à condition de ne publier « aucun écrit sur la politique du jour » et où il resta, avec sa femme Jenny von Westphalen et sa première fille, Jenny, née à Paris en 1844, jusqu’à mars 1848. Durant ces trois ans, et particulièrement en 1845, il suivit de manière très productive ses études d’économie politique. En mars de cette année, en effet, il travailla à une critique, mais sans réussir à l’achever, du Système national de l’économie politique de l’économiste allemand Friedrich List . De plus, de février à juillet, il rédigea six cahiers d’extraits, les [Cahiers de Bruxelles], en se concentrant surtout sur les études des concepts de base de l’économie politique, dans lesquels il réserva un espace particulier aux Études sur l’économie politique de Sismonde de Sismondi, au Cours d’économie politique de Henri Storch et au Cours d’économie politique de Pellegrino Rossi. Au même moment, Marx se consacra également aux questions liées aux machines et à la grande industrie et recopia différentes pages de l’ouvrage de Charles Babbage Sur l’économie des machines et des manufactures . Dans cette période, il projeta avec Engels d’organiser également la traduction en allemand d’une « Bibliothèque des meilleurs écrivains socialistes étrangers » . N’ayant trouvé le soutien financier d’aucun éditeur et ne disposant que de très peu de temps libre du fait de leurs propres travaux, Marx et Engels durent abandoner ce projet.
En juillet et en août, Marx séjourna à Manchester afin d’examiner la vaste littérature économique anglaise qu’il jugeait indispensable pour écrire le livre qu’il avait en préparation. Il rédigea ainsi neuf autres cahiers d’extraits, les [Cahiers de Manchester] et, de nouveau, parmi les textes les plus résumés, on trouve des manuels d’économie politique et des livres d’histoire économique, parmi lesquels les Leçons sur les éléments d’économie politique de Thomas Cooper, une Histoire des prix de Thomas Tooke, la Littérature d’économie politique de John Ramsay McCulloch et les Essais sur quelques problèmes irrésolus d’économie politique de John Stuart Mill . Marx s’intéressa également beaucoup aux questions sociales et recueillit des extraits de certains des principaux volumes de la littérature socialiste anglosaxonne, en particulier les Maux du travail et le remède du travail de John Francis Bray et l’essai Sur la formation du caractère humain et le Livre du nouveau monde moral de Robert Owen . De même, La situation de la classe laborieuse en Angleterre, la première œuvre d’Engels, parue en juin 1845, traitait des mêmes thèmes.
Dans la capitale belge, en plus de ses études économiques, Marx travailla également à un autre projet, qu’il jugeait nécessaire du fait des circonstances politiques qui avaient mûri entre-temps. En novembre 1845, en effet, il pensa écrire avec Engels, Joseph Weydemeyer et Moses Heß, une « critique de la plus récente philosophie allemande chez ses représentants Feuerbach, B. Bauer et Stirner, et du socialisme allemand chez ses divers prophètes » . Le texte, qui fut imprimé après sa mort sous le titre [L’idéologie allemande], se fixait pour objectif, d’une part, de combattre les formes ultimes de néohégélianisme apparues en Allemagne (L’unique et sa propriété de Max Stirner avait été imprimé en octobre 1844) et, d’autre part, comme Marx l’écrivit à l’éditeur Leske, de « préparer le public au point de vue de [son] économie (Ökonomie), qui s’oppos [ait] résolument à toute la science allemande jusqu’à présent » . Cet écrit, dont la rédaction se poursuivit jusqu’en juin 1846, ne fut néanmoins jamais mené jusqu’à son terme, même s’il permit à Marx d’élaborer, plus clairement que par le passé, même de manière non définitive, ce que Engels définira, quarante années plus tard, comme « la conception matérialiste de l’histoire » .
Pour avoir des nouvelles sur le progrès de l’« Économie » durant l’année 1846, il faut, encore une fois, examiner les lettres adressées à Leske. En août de cette année, Marx avait parlé à l’éditeur du « manuscrit quasi conclu du premier volume », c’est-à-dire de ce texte qui, selon ses nouveaux plans, aurait dû contenir la partie la plus théorique et politique, et qui était déjà disponible « depuis bien longtemps », mais qu’il n’aurait pas fait « imprimer sans le soumettre encore une fois à une révision de contenu et de style. On comprend qu’un auteur qui continue à travailler six mois après ne peut laisser imprimer littéralement ce qu’il a écrit six mois auparavant ». Malgré cela, il concluera bientôt le livre : « Le premier volume, revu et corrigé, sera prêt pour l’impression fin novembre. Le second volume qui est plus historique pourra suivre rapidement » . Les nouvelles fournies ne répondaient pas à l’état réel de son travail puisqu̓aucun de ses manuscrits de l’époque ne pouvait être défini comme « quasi conclu » et, en effet, lorsque l’éditeur ne s’en vit livrer aucun au début de 1847, il décida de résilier le contrat.
Ces retards continuels ne doivent cependant pas être attribués à un faible engagement de la part de Marx. Durant ces années, il ne renonça jamais à l’activité politique et, au printemps 1846, il fut le promoteur d’un « Comité communiste de correspondance », né pour établir un lien entre les différentes ligues ouvrières en Europe. Néanmoins, le travail théorique resta pour lui toujours une priorité, ce que confirment ceux qui le fréquentèrent. Le poète allemand Georg Weerth, par exemple, écrivit en novembre 1846 : « Marx est considéré, en un certain sens, comme le chef du parti communiste. Mais beaucoup des soi- disant communistes et socialistes s’étonneraient fortement s’ils savaient avec précision ce que fait vraiment cet homme. Marx travaille en effet jour et nuit pour nettoyer la tête des ouvriers d’Amérique, de France, et d’Allemagne de leurs nuées etc. des systèmes saugrenus qui aujourd’hui les embrouillent […] Il travaille comme un fou à son histoire de l’économie politique. Cet homme ne dort depuis de nombreuses années pas plus de quatre heures par nuit. »
On trouve également les preuves du grand travail de Marx dans les notes d’étude et les écrits publiés alors. De l’automne 1846 à septembre 1847, il remplit trois volumineux cahiers d’extraits, touchant en grande partie l’histoire économique, du texte Représentation historique du commerce, de l’activité commerciale et de l’agriculture des plus importants États commerciaux de notre temps de Gustav von Gülich , un des principaux économistes allemands de l’époque. De plus, en décembre de 1846, après avoir lu le livre Système des contradictions économiques, ou philosophie de la misère de Pierre-Joseph Proudhon et l’avoir trouvé « mauvais, voire très mauvais » , Marx décida d’en écrire une critique. Rédigé directement en français, afin que son antagoniste qui ne parlait pas allemand puisse la comprendre, l’ouvrage fut terminé en avril 1847 et imprimée en juillet sous le titre Misère de la philosophie. Réponse à Pierre-Joseph Proudhon. Il s’agissait du premier écrit d’économie politique publié par Marx et dans ses pages, on trouve ses convictions du moment sur la théorie de la valeur, l’approche méthodologique plus correcte à utiliser pour comprendre la réalité sociale et le caractère historique transitoire des modes de production.
La cause du caractère inachevé de l’oeuvre projetée – la critique de l’économie politique – n’est donc pas attribuable au manque de concentration de la part de Marx, mais à la difficulté de la tâche qu’il s’était fixée. Le sujet qu’il voulait soumettre à un examen critique était très vaste et l’affronter avec le sérieux et la conscience critique dont il était pourvu aurait signifié travailler durement encore pendant de nombreuses années. Même s’il n’en était pas conscient, en effet, à la fin des années quarante, Marx était à peine au début de ses peines.

1848 ET L’ÉCLATEMENT DE LA RÉVOLUTION
Dans la seconde moitié de 1847, le ferment social s’intensifa et la tâche politique de Marx devint, par conséquent, plus lourde. En juin fut fondée à Londres la « Ligue des communistes », association d’ouvriers et artisans allemands avec des ramifications internationales ; en août Marx et Engels constituèrent l’« association ouvrière allemande », un centre qui réunissait les ouvriers allemands de Bruxelles ; et, en novembre, Marx devint vice-président de l’« Association démocratique de Bruxelles», organisation qui unissait une aire révolutionnaire proche de lui ainsi qu’une composante démocratique plus modérée. À la fin de l’année, en outre, la « Ligue des communistes » chargea Marx et Engels de rédiger un programme politique et, peu après, en février 1848, fut imprimé le Manifeste du parti communiste. Son incipit, « Un spectre hante l’Europe – le spectre du communisme », devint célèbre, de même qu’une de ses thèses principales : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte des classes. »
La publication du Manifeste communiste n’aurait pu mieux tomber. En effet, immédiatement après sa parution, un extraordinaire mouvement révolutionnaire, le plus grand jusqu’à présent par sa diffusion et son intensité, surgit sur tout le continent européen, en mettant en crise son ordre politique et social. Les gouvernements en charge prirent toutes les contre-mesures possibles pour mettre fin à la situation et, en mars 1848, les autorités belges expulsèrent Marx qui se rendit en France, où la république venait depuis peu d’être proclamée. Vu les circonstances, il mit naturellement de côté ses études d’économie politique et se consacra à l’activité journalistique pour soutenir la révolution et contribuer à tracer la ligne politique à adopter. En avril, il passa en Rhénanie, la région économiquement la plus développée et politiquement la plus libérale de l’Allemagne et, pour le mois de juin, dirigea le quotidien Nouvelle gazette rhénane. Organe de la démocratie, qu’il avait, entre-temps, réussi à fonder à Cologne. Bien que la majeure partie de ses articles se fussent concentrés sur la chronique des événements politiques, en avril 1849, il publia une série d’éditoriaux ayant pour thème la critique de l’économie politique, puisqu’il pensait qu’il était « temps d’examiner de plus près les rapports économiques eux-mêmes sur lesquels se fondent l’existence de la bourgeoisie et sa domination de classe ainsi que l’esclavage des ouvriers. » Fondés sur quelques notes rédigées pour des conférences tenues en décembre 1847 à l’« Association ouvrière allemande » de Bruxelles, parurent ainsi cinq articles ayant pour titre Travail salarié et Capital, où Marx expose au public, plus longuement qu’auparavant et dans un langage mieux compréhensible par les ouvriers, ses conceptions sur l’exploitation du travail salarié de la part du capital.
Néanmoins, le mouvement révolutionnaire ayant surgi en Europe en 1848 fut vite écrasé. La reprise économique, la faiblesse de la classe ouvrière à peine structurée dans certains pays, et le tournant modéré des classes moyennes, qui après avoir soutenu une politique de réformes se rapprochèrent de l’aristocratie pour déjouer la possibilité d’une issue trop radicale des événements, permirent aux forces politiques réactionnaires de reprendre fermement les rênes du gouvernement des États et furent en partie la cause de la conclusion autoritaire et conservatrice des événements.
Suite à son intense activité politique, en mai 1849, Marx reçut un nouvel ordre d’expulsion de la Prusse et se réfugia, encore une fois, en France. Mais lorsque la révolution fut définitivement battue également à Paris, les autorités françaises obligèrent Marx à quitter la capitale et à s’installer dans le Morbihan, une région alors désolée, paludéenne et malsaine. Face à cette « tentative d’homicide masqué », Marx décida de quitter la France pour Londres où il pensait avoir des « perspectives positives de fonder […] un journal allemand » . Il devait rester en Angleterre, exilé et apatride, pour le restant de ses jours, mais la réaction européenne n’aurait pu le confiner en un meilleur endroit pour écrire sa critique de l’économie politique. À l’époque, en effet, Londres était le centre économique et financier le plus important du monde, « le démiurge du cosmos bourgeois » et donc le lieu le plus favorable pour observer les développements les plus récents du capitalisme et reprendre, avec profit, les études.

À LONDRES EN ATTENDANT LA CRISE
Marx arriva en Angleterre à l’été 1849, à l’âge de 31 ans. Sa vie à Londres ne se passa pas du tout sereinement. La famille Marx, qui comptait six membres avec la naissance de Laure en 1845, d’Edgar en 1847 et de Guido, peu après l’arrivée en ville, en octobre 1849, vécut à Soho, un des quartiers les plus pauvres et les plus délabrés de la capitale anglaise, et dut survivre longtemps dans une profonde misère. En plus des problèmes familiaux, il fut employé également dans un comité d’assistance pour les émigrés allemands, qu’il promut via la « Ligue des communistes » et dont la tâche fut d’aider les nombreux réfugiés politiques arrivés à Londres à cette époque.
Malgré ces difficiles circonstances, Marx réussit à mettre sur pied une nouvelle entreprise éditoriale. Vers mars 1850, il dirigea la Neue Rheinische Zeitung. Politisch-ökonomische Revue, mensuel qui, dans ses projets, devait être le lieu idéal pour « analyser profondément et scientifiquement les rapports économiques qui sont à la base de toute l’activité politique ». Il était convaincu, en effet, qu’« un moment d’apparent équilibre comme celui-ci [devait] être utilisé pour faire la lumière sur la période révolutionnaire passée, sur le caractère des partis en lutte, sur les rapports sociaux qui déterminent l’existence et la lutte de ces partis. »
Marx était alors certain, même s’il se trompait, que la situation où il se trouvait n’était qu’un bref interlude entre la révolution qui venait de se conclure et une autre qui éclaterait bientôt. En décembre 1849, il avait écrit à son ami Weydemeyer : « Il ne fait guère de doute pour moi qu’après la parution de trois peut-être deux cahiers mensuels, l’incendie universel éclatera et que j’aurai l’occasion de donner une conclusion provisoire à mes travaux d’économie ». Il était sûr de l’imminence d’« une énorme crise industrielle, agricole et commerciale » et tenait pour acquis un nouveau mouvement révolutionnaire, dont il souhaitait qu’il puisse surgir après le déclenchement de la crise, puisque les conditions de prospérité industrielle et commerciale atténuaient la détermination des masses prolétaires. Ensuite, dans Les luttes de classes en France, une série d’articles parus dans la Neue Rheinische Zeitung. Politisch-ökonomische Revue, Marx affirme qu’« une vraie révolution […] dans les périodes où […] les forces productives modernes et les formes de production bourgeoises entrent en conflit les unes avec les autres […] Une nouvelle révolution ne sera possible qu’à la suite d’une nouvelle crise, mais l’une est aussi certaine que l’autre. » Il ne changea pas non plus d’avis face à la florissante prospérité économique qui commençait à se répandre et, dans le premier numéro de la nouvelle Gazette rhénane, celui de janvier-février, il écrivit que la reprise aurait la vie courte puisque les marchés des Indes orientales étaient « désormais pratiquement saturés » et qu’il en irait très vite de même pour ceux du Nord et du Sud de l’Amérique ainsi que pour l’Australie. Donc : « Au premier signal se répandra la “panique” autant dans la production que dans la spéculation – peut-être dès la fin du printemps, ou au plus tard en juillet ou août. Mais cette crise, du fait qu’elle devra nécessairement coïncider avec de grandes collisions sur le continent, portera des fruits bien différents de toutes celles qui l’ont précédée. Si, jusqu’à présent, chaque crise a représenté le signal d’un nouveau progrès, d’une nouvelle victoire de la bourgeoisie industrielle sur la propriété foncière et sur la bourgeoisie financière, celle-ci marquera le début de la révolution anglaise moderne. »
Aussi dans le numéro suivant, celui de mars-avril 1850, Marx soutint que la conjoncture économique positive en cours ne représentait qu’une amélioration temporaire, tandis que la surprodution et l’excès de spéculation dans le secteur ferroviaire nous rapprochaient de la crise, dont les effets auraient été « plus graves que ceux de chaque crise précédente. Elle se produit, en effet, de façon concommitante avec la crise agricole […]. Cette double crise s’accélère, rendue plus vaste et plus dangereuse par les convulsions qui en même temps tombent sur le continent, et, sur le continent, les révolutions prendront par l’effet qu’aura la crise anglaise sur le marché mondial, un caractère nettement plus socialiste. »
Donc, le scénario envisagé par Marx était très optimiste pour la cause du mouvement ouvrier et concernait non seulement les marchés européens, mais aussi ceux d’Amérique du Nord. Il pensait en effet, que « suite à l’entrée de l’Amérique dans le mouvement régressif causé par la surproduction, nous pouvons nous attendre à ce que, en un mois, la crise se développe avec une rapidité encore plus grande ». Ses conclusions furent enthousiastes: « La coïncidence entre crise commerciale et révolution […] devient toujours plus inévitabile. Ici le destin s’accomplit! »
Durant l’été, il approfondit l’analyse économique des années précédant 1848 et, dans le numéro de la revue de mai-octobre 1850, le dernier avant la fermeture causée par le manque de ressourses financières et les vexations de la police prussienne, il parvint à l’importante conclusion que « l’impulsion donnée par les crises commerciales aux révolutions de 1848 a été infinitement plus grande que celle donnée par la révolution à la crise commerciale » . La crise économique a acquis définitivement dans sa pensée une importance fondamentale. De plus, en analysant les processus de surspéculation et de surproduction, il hasarda une nouvelle prévision et déclara que « si le nouveau cycle de développement industriel, commencé en 1848, suit le cours de celui de 1843-1847, la crise éclatera en 1852 ». Enfin, il répète que la future crise explosera aussi dans les campagne et « pour la première fois une crise industrielle et commerciale coïncidera avec une crise agricole » .
Les prévisions de Marx sur plus d’un an se révélèrent erronées. Néanmoins, également à l’époque où il fut le plus convaincu de l’imminence de la vague révolutionnaire, ses idées furent de toute façon très différentes par rapport aux thèses des autres leaders politiques européens exilés à Londres. Bien qu’il se trompe dans ses prévisions par rapport aux développements de la situation économique de son époque, Marx considère néanmoins comme indispensable l’étude de ces rapports afin de participer à l’activité politique. A contrario, la majeure partie des dirigeants démocrates et communistes de son temps, qu’il tenait pour des « alchimistes de la révolution », pensaient que l’unique condition pour qu’une révolution triomphe était de savoir simplement si « la conjuration [était] suffisamment organisée » . Un exemple d’une telle conception fut le Manifeste aux peuples du « Comité central démocratique européen », fondé à Londres, en 1850, par Giuseppe Mazzini, Alexandre Ledru-Rollin et Arnold Ruge. Selon Marx, il avançait l’idée « que la révolution [de 1848 ndt] avait échoué du fait des ambitions et jalousies de ses chefs et du fait des opinions divergentes des différentes endoctrineurs du peuple ». De plus, il trouvait « stupéfiante » la façon dont les diffuseurs de cet écrit avaient exposé leurs idées d’« organisation sociale : un manifeste pour la rue, un esclandre, une poignée de main et le jeu est fait. Pour eux la révolution consiste surtout à renverser les gouvernements existants : c’est cela qui mène à “la victoire”. »
Contrairement à ceux qui attendaient une nouvelle révolution improvisée, à partir de l’automne 1850, Marx était convaincu qu’elle n’aurait pu mûrir sans une nouvelle crise économique mondiale . Dorénavant, il s’éloignera définitivement de ceux qui nourissent la fausse espérance d’un surgissement prochain de la révolution et vécut « dans un absolu isolement » . Comme l’écrivit, en janvier 1851, Wilhelm Pieper, membre de la « Ligue des communistes » : « Marx vit dans une retraite complète, ses seuls amis sont John Stuart Mill et Loyd, et quand on vient chez lui, on n’est pas accueilli par des civilités mais par des catégories économiques. » Par la suite, en effet, Marx fréquentera très peu d’amis à Londres et ne maintiendra un lien profond qu’avec Engels qui s’était établi entre-temps à Manchester et à qui il écrit en février 1851 : « Cet isolement authentique public dans lequel nous vivons, toi et moi, me plaît beaucoup. Il répond tout à fait à notre position et à nos principes. » Engels lui répond : « C’est cette position que nous pouvons et devons adopter dans un Proche avenir […] critiquer impitoyablement tout le monde. » À son avis, « l’essentiel, c’est d’avoir la possibilité de nous faire imprimer : soit dans une revue trimestrielle où nous attaquerons directement et où nous assurerons nos positions vis-à-vis des personnes ; soit dans de gros ouvrages. » Enfin, il conclut avec un certain optimisme : « Que restera-t-il de tous ces ragots et racontars que toute la populace de l’émigration colporte sur ton compte le jour où tu répondras par ton Économie ? » À partir de ce moment, le défi se porta donc sur la prévision de l’éclatement de la crise et pour Marx le temps était venu, cette fois avec un mouvement politique en plus, de se consacrer de nouveau exclusivement aux études d’économie politique.

 

[Fin de la première partie.
La seconde sera publiée dans un prochain numéro]

 

Traduit de l’italien par Aymeric Monville

 

References
Cf. Marcello Musto, « La redécouverte », La Pensée, n° 360, octobre-décembre 2009, p. 15-30.
Idem, « La MEGA_ et les nouveaux visages de Karl Marx », ibid., p. 149-157.
L’accomplissement de cette entreprise – seconde section de la MEGA_intitulée Das Kapital und Vorarbeiten – est prévu pour 2010 avec l’impression du volume II/4.3 (Manuskripte 1863-1867. Teil 3) relatif à la dernière partie des manuscrits de 1863-67.
Dans cet essai, les titres des manuscrits inachevés de Marx désignés éditorialement sont insérés dans le texte entre crochets.
Parmi les rares études des auteurs qui se sont efforcés, par rapport aux sources alors disponibles, d’interpréter les phases moins connues de la genèse de la pensée marxienne, on trouve les articles de Maximilien Rubel, Les cahiers de lecture de Karl Marx. I. 1840-1853 et II. 1853-1856, publiés dans la revue International Review of Social History en 1957 et en 1960 et ensuite republiés dans le volume Marx critique du marxisme, Payot, Paris 1974, p. 301-59. De plus, cf. également le volume de Vitali Vygotski, Istoria odnogo velikogo otkrytija Karla Marksa, Mysl, Moscow 1965 ; le texte d’Ernest Mandel, La formation de la pensée économique de Karl Marx de 1843 jusqu’à la rédaction du Capital. Étude génétique, Maspero, Paris 1967, et le livre de Walter Tuchscheerer, Bevor « Das Kapital » entstand, Akademie, Berlin 1968. Dans le monde anglo-saxon, des recherches sur ces thématiques ne sont parues que récemment, suite à trois travaux d’Allen Oakley : The making of Marx’s critical theory, Routledge & Kegan Paul, London 1983 ; Marx’s critique of political économy. Intellectual sources and evolution. Volume I : 1844 to 1860, Routledge & Kegan Paul, London 1984 ; et Marx’s critique of political economy. Intellectual sources and evolution. Volume II : 1861 to 1863, Routledge & Kegan Paul, London 1985.
Parfois ce débat s’est basé sur des interprétations très superficielles. Pour un récent et pire exemple de ce type de littérature cf. Francis Wheen, Marx’s Das Kapital. A biography, Atlantic Books, London, 2006.
Cf. Karl Marx, Verhandlungen des 6. Rheinischen Landtags. Dritter Artikel : Debatten über das Holzdiebstahlsgesetz et Rechtfertigung des ††-Korrespondenten von der Mosel, MEGA² I/1, Dietz, Berlin 1975, pp. 199-236 et 296-323 ; tr. it. Le discussioni alla sesta dieta renana. Terzo articolo : Dibattiti sulla legge contro i furti di legna et Giustificazione di ††, corrispondente dalla Mosella, Marx Engels Opere, vol. I, Éditori Riuniti, Roma 1980, p. 222-64 et p. 344-75. Les citations de Marx et Engels présentes dans le texte ont été souvent retraduites par l’auteur et renvoient aux éditions en langue allemande Marx-Engels-Gesamtausgabe (MEGA²) et Marx Engels Werke (MECW), toutes deux incomplètes. En langue italienne, les écrits de Marx et Engels sont parus en 32 volumes, sur les 50 prévus, dans l’édition Marx Engels Opere (Editori Riuniti, 1972-1990). Toutes les références bibliographiques relatives aux écrits présents dans cette édition renvoient à celle-ci, tandis que les références bibliographiques aux textes non inclus dans les œuvres renvoient à des publications uniques. Les textes qui n’ont pas été traduits en italien [ou en français. ndt], en revanche, renvoient, dans les notes, à la seule édition allemande.
Karl Marx, Zur Kritik der politischen Ökonomie. Erstes Heft, MEGA² II/2, Dietz, Berlin 1980, p. 100 ; tr. fr. de M. Husson, in Marx, Contribution à la critique de l’économie politique, Éditions Sociales, 1972, p. 40.
Karl Marx, Ökonomisch-philosophische Manuskripte, MEGA² I/2, Dietz, Berlin 1982, p. 325 ; tr. fr. d’Émile Bottigelli, in Marx, Manuscrits de 1844, Éditions Sociales, 1972, p. 2.
Durement touchée par la censure et par la dissension entre Marx et Arnold Ruge, l’autre codirecteur, cette publication parut en un unique numéro en février 1844.
Cf. Marcello Musto, « Marx à Paris : la critique de 1844 », in id., Sulle tracce di un fantasma. L’opera di Karl Marx tra filologia et filosofia, Manifestolibri, Roma 2005, p. 161-78.
Le Nachlaß de Marx contient près de deux cents cahiers de notes, essentielles pour la connaissance et la compréhension de la genèse de sa théorie et des parties de celle-ci qu’il n’eut pas le loisir de développer comme il l’aurait voulu. Les extraits conservés, qui couvrent la longue période de 1838 à 1882, sont écrits en huit langues – allemand, grec ancien, latin, français, anglais, italien, espagnol et russe – et touchent aux disciplines les plus variées. Ils furent tirés de textes de philosophie, d’art, de religion, de politique, de droit, de littérature, d’histoire, d’économie politique, de relations internationales, de technique, de mathématiques, de physiologie, de géologie, de minéralogie, d’agronomie, d’ethnologie, de chimie et physique ; en plus d’articles de quotidiens et revues, compte rendus parlementaires, statistiques, rapports et publications d’officines gouvernementales.
Puisqu̓en 1844 Marx ne connaissait pas encore l’anglais, durant cette période il lut les livres anglais en traduction française.
Ces extraits sont compris dans les volumes Karl Marx, Exzerpte und Notizen. 1843 bis Januar 1845, MEGA² IV/2, Dietz, Berlin 1981 et Karl Marx, Exzerpte und Notizen. Sommer 1844 bis Anfang 1847, MEGA² IV/3, Akademie, Berlin 1998 ; tr. it. parz. La scoperta dell’economia, Editori Riuniti, Roma 1990.
Karl Marx, Ökonomisch-philosophische Manuskripte, MEGA² I/2, op. cit., p. 364-5 ; tr. fr. Manuscrits de 1844, op. cit., p. 57.
Heinrich Burgers, automne 1844 – hiver 1845, in Hans Magnus Enzensberger (ed.), Gespräche mit Marx und Engels, Insel, Frankfurt am Main 1973, p. 46 ; tr. it. Colloqui con Marx e Engels, Einaudi, Torino 1977, p. 41.
Friedrich Engels à Karl Marx, début octobre 1844, in MEGA² III/1, Dietz, Berlin 1975, p. 245 ; trad. fr. sous la responsabilité de G. Badia et J. Mortier, in Marx-Engels, Correspondance, tome I, Éditions Sociales, Paris 1971, p. 339.
En réalité, Engels n’a contribué à la rédaction que pour une dizaine de pages.
Friedrich Engels à Karl Marx, 20 janvier 1845, in MEGA² III/I, op. cit. p. 260 ; trad. fr., op. cit., p. 355.
Marx Engels Werke, Band 27, Dietz, Berlin 1963, p. 669, note 365 ; tr. it. in Marx Engels Opere, vol. XXXVIII, op. cit., p. 666, nota 319.
Karl Marx, Karl Marx alla pubblica sicurezza di Bruxelles, 22 mars 1845, in Marx Engels Opere, vol. IV, Editori Riuniti, Roma 1972, p. 664.
Cf. Karl Marx, Über Friedrich Lists Buch « Das nationale System der politischen Ökonomie «, « Beiträge zur Geschichte der Arbeiterbewegung », Jg. 14. H. 3. (1972), p. 425-446 ; tr. it. A proposito del libro di Friedrich List « Das nationale System der politischen Ökonomie », in Marx Engels Opere, vol. IV, op. cit., p. 584-614.
Tous ces extraits se trouvent dans le volume Karl Marx, Exzerpte und Notizen. Sommer 1844 bis Anfang 1847, MEGA² IV/3, op. cit.
Karl Marx, Piano della « Biblioteca delle più eccellenti scrittori socialisti stranieri », Marx Engels Opere, vol. IV, op. cit., p. 659.
Ces extraits sont compris dans le volume Karl Marx – Friedrich Engels, Exzerpte und Notizen. Juli bis August 1845, MEGA² IV/4, Dietz, Berlin 1988, ici inclus les [Cahiers de Manchester]. On note de plus qu’à partir de cette période Marx commença à lire directement en anglais.
Ces extraits, compris dans les [Cahiers de Manchester] VI – IX, sont encore inédits.
Karl Marx, Erklärung gegen Karl Grün, MEW vol. 4, Dietz, Berlin 1959, p. 38 ; tr. it. Dichiarazione contro Karl Grün, Marx Engels Opere, vol. VI, Editori Riuniti, Roma 1973, p. 73.
Karl Marx à Carl Wilhelm leske, 1er août 1846, in MEGA² III/2, Dietz, Berlin 1979, p. 22 ; trad. fr., op. cit., p. 397.
Friedrich Engels, Ludwig Feuerbach und der Ausgang der klassischen deutschen Philosophie, MEW vol. 21, Dietz, Berlin 1962, p. 263 ; tr. fr. de G. Badia, in F. Engels, Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande, Éditions Sociales, Paris 1976, p. 5. En réalité Engels utilisa cette expression dès 1859, dans la recension du livre de Marx Critique de l’économie politique, mais cet article n’eut aucun écho et le terme ne commença à se répandre que suite à la publication de Ludwig Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande.
Karl Marx à Carl Wilhelm Leske, 1er août 1846, in MEGA² III/2, op. cit., p. 24 ; trad. fr., op. cit., p. 397.
Georg Weerth à Wilhelm Weerth, 18 novembre 1846, in Hans Magnus Enzensberger (ed.), op. cit., p. 68-69 ; tr. it. Colloqui con Marx e Engels, Einaudi, Torino 1977, p. 58-9.
Ces extraits constituent le volume Karl Marx, Exzerpte und Notizen. September 1846 bis Dezember 1847, MEGA² IV/6, Dietz, Berlin 1983.
Karl Marx à Pavel Vassiliévitch Annenkov, 28 décembre 1846, in MEGA² III/2, op. cit., p. 70 ; tr. fr. op. cit., p. 447.
Karl Marx – Friedrich Engels, Manifest der Kommunistischen Partei, MEW vol. 4, op. cit., p. 461-62 ; tr. fr. de G. Cornillet, in Marx et Engels, Manifeste du Parti communiste, Messidor, Éditions Sociales, Paris 1986, p. 51 et 53.
Karl Marx, Lohnarbeit und Kapital, MEW vol. 6, Dietz, Berlin 1959, p. 398 ; tr. it. de M. Fagard, in Karl Marx, Travail salairé et capital, Messidor Éditions sociales, Paris 1985, p. 62-63.
Karl Marx à Friedrich Engels, 23 août 1849, in MEGA² III/3, Dietz, Berlin 1981, p. 44 ; tr. fr., op. cit., vol. II, p. 30.
Karl Marx, Die Klassenkämpfe in Frankreich 1848 bis 1850, MEW vol. 7, Dietz, Berlin 1960, p. 97 ; cf. Les Luttes de classes en France 1848-1850, Éditions Sociales, Paris 1974, p. 158.
Karl Marx – Friedrich Engels, Ankündigung der « Neuen Rheinischen Zeitung. Politisch-ökonomische Revue «, MEGA² I/10, Dietz, Berlin 1977, p. 17 ; tr. it. [Annuncio de la « Neue Rheinische Zeitung. Politisch-ökonomische Revue »], Marx Engels Opere, vol. x, op. cit., p. 5.
Karl Marx à Joseph Weydemeyer, 19 décembre 1849, in MEGA² III/3, op. cit., p. 51-2 ; tr. fr., op. cit., vol. II, p. 37.
Karl Marx, Die Klassenkämpfe in Frankreich 1848 bis 1850, MEW vol. 7, op. cit., p. 98 ; cf., Les Luttes de classes en France 1848-1850, op. cit., p. 159.
Karl Marx – Friedrich Engels, Revue. Januar/Februar 1850, MEGA² I/10, op. cit., p. 218 ; tr. it. Rassegna (janvier – février 1850), Ivi, op. cit., p. 263-4.
Karl Marx – Friedrich Engels, Revue. März/Apr1850, Ivi, p. 302-303 ; tr. it. Rassegna (marzo — avril 1850), Ivi, p. 341.
Karl Marx – Friedrich Engels, Ivi, p. 304 ; tr. it. Ivi, p. 342.
Karl Marx – Friedrich Engels, Revue. Mai bis Oktober 1850, Ivi, p. 455 ; tr. it. Rassegna (mai-octobre 1850), Ivi, p. 509.
Karl Marx – Friedrich Engels, Ivi, pp. 459-60 ; tr. it. Ivi, p. 514-5.
Karl Marx – Friedrich Engels, Rezensionen aus Heft 4 der „Neuen Rheinischen Zeitung. Politisch-ökonomische Revue «, Ivi, p. 283 ; tr. it. Ivi, p. 319.
Karl Marx – Friedrich Engels, Revue. Mai bis Oktober 1850, Ivi, pp. 485-6 ; tr. it. Rassegna (mai-octobre 1850), Ivi, p. 543-544.
Voir à ce sujet les considérations posthumes de Friedrich Engels in Einleitung zu Karl Marx’„Die Klassenkämpfe in Frankreich 1848 bis 1850 «, in MEW vol. 22, Dietz 1963, p. 511 ; cf., Les luttes de classes en France 1848-1850, op. cit., p. 13 : « Ce fut une épreuve décisive. Tandis que dans les trois premiers articles (parus dans les fascicules de janvier, février et mars de la Neue Rheinische Zeitung, revue d’économie politique, Hambourg, 1850) passe encore l’espoir d’un nouvel essor prochain de l’énergie révolutionnaire, le tableau historique du dernier fascicule double (de mai à octobre) paru en automne 1850 et qui fut composé par Marx et par moi, rompt une fois pour toutes avec ces illusions. » Un témoignage encore plus significatif est contenu dans les procès-verbaux de la session du comité central de la ligue des communistes du 15 septembre 1850. En effet, en s’y référant aux positions communistes allemandes d’August Willich et Karl Schapper, Marx affirma : « On donne de l’importance, comme fait fondamental dans la révolution, non aux rapports réels, mais à la volonté. Alors que nous disons aux ouvriers: vous devez attendre 15, 20, 50 années de guerre civile, pour changer les rapports, pour vous rendre vous-mêmes capables de prendre le pouvoir, alors qu’ils disent : nous devons aller au pouvoir immédiatement, ou nous pouvons nous mettre à dormir. », in Marx Engels Opere, Vol. X, op. cit., p. 627.
Cf. Friedrich Engels in Einleitung zu Karl Marx’„Die Klassenkämpfe in Frankreich 1848 bis 1850 «, in MEW vol. 22, Dietz 1963, p. 513 ; cf., Les luttes de classes en France 1848-1850, op. cit., p. 16 : « La démocratie vulgaire attendait le nouveau déclenchement du jour au lendemain ; dès l’automne de 1850, nous déclarions que la première tranche au moins de la période révolutionnaire était close et qu’il n’y avait rien à attendre jusqu’à l’explosion d’une nouvelle crise économique mondiale. C’est pourquoi nous fûmes mis au ban comme des traîtres à la révolution par les mêmes gens qui, par la suite, ont fait presque sans exception leur paix avec Bismarck. »
Karl Marx à Friedrich Engels, 11 février 1851, in MEGA² III/4, Dietz, Berlin 1984, p. 38 ; tr. fr., op. cit., vol. II, p. 138.
Karl Marx à Friedrich Engels [Post-scriptum de Wilhelm Pieper], 27 janvier 1851, in MEGA² III/4, op. cit., p. 17 ; tr. fr., op. cit., vol. II, p. 120.
Karl Marx à Friedrich Engels, 11 février 1851, in MEGA² III/4, op. cit., p. 37 ; tr. fr., op. cit., vol. II, p. 138.
Friedrich Engels à Karl Marx, 13 février 1851, in MEGA² III/4, op. cit., pp. 42-3 ; tr. fr., op. cit., vol. II, p. 144.

Journal:

La pensée

Pub Info:

Vol. 2011, n. 366, 125-139

Reference:

Available in:

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